Un cheval devrait normalement passer en moyenne 16 heures par jour à s’alimenter. La bouche du cheval est donc extrêmement sollicitée, autant pour la prise des aliments que pour la mastication ou encore, par l’utilisation du mors. Vous trouverez ci-dessous les explications concernant l’importance d’effectuer un examen bucco-dentaire régulier sur votre cheval.

 

Poulin

Comme la majorité des mammifères, le cheval aura deux types de dentition au cours de son existence, soit les dents de lait, dites déciduales, et les dents permanentes. Le cheval aura toutes ses dents permanentes, soit entre 36 et 44 dents, à l’âge de 5 ans.

Les dents déciduales du poulain feront éruption de la naissance jusqu’à l’âge de 8 mois. Le poulain aura donc 12 incisives et 12 prémolaires. Vers l’âge de 6 mois, les vestiges des premières prémolaires, aussi appelés « dents de loup », sortiront chez certains sujets. Les dents de lait seront graduellement remplacées par des dents permanentes dès l’âge de 2 ans et demi. Les molaires, soient les dents les plus reculées, apparaîtront entre 1 et 4 ans d’âge. Finalement, les canines feront irruption vers l’âge de 4 à 5 ans, principalement chez le mâle.

Chez les jeunes chevaux, il arrive parfois qu’une dent de lait reste accrochée à la gencive et empêche la dent permanente de faire éruption. C’est ce qu’on appelle couramment un « cap retenu ». Ce problème doit être rapidement corrigé en retirant la dent retenue afin d’éviter que l’éruption de la dent permanente ne soit déviée ou que la dent opposée ne soit endommagée. Si l’espace n’est pas suffisant, il se peut que les dents ne puissent pas faire leur éruption normalement. Ce phénomène est surtout visible chez les petites races de chevaux, comme les chevaux miniatures. Un suivi rapproché est donc de mise!

Finalement, certains défauts d’occlusion peuvent se développer chez le poulain en jeune âge, autant au niveau de la mâchoire supérieur (maxillaire) que de la mâchoire inférieur (mandibule). La mâchoire peut être soit trop courte (brachygnathisme), soit trop longue (prognathisme). Cela peut donc modifier l’usure des dents et un suivi régulier par votre vétérinaire doit être effectué.

 

Anatomie

Il est important de savoir que le cheval a une dentition hypsodonte, c’est-à-dire que ses dents permanentes ont une couronne de réserve cachée dans la gencive et dans l’os, qui fait éruption au fur et à mesure que l’animal devient plus âgé. Lorsque les dents se frottent les unes sur les autres lors de la mastication, une partie de la surface est usée. Comme le maxillaire est plus large que la mandibule, les tables dentaires du haut et du bas ne sont pas tout à fait alignées. La portion près de la joue des dents maxillaires ainsi que la portion près de la langue des dents mandibulaires ne seront donc pas usées correctement. Ce phénomène crée des pointes dentaires tranchantes qui peuvent blesser les joues et la langue, allant de l’érosion à l’ulcère buccal. Il ne faut pas oublier que, lors du travail, le mors peut appliquer une pression sur les joues, ce qui aura pour effet de créer un inconfort pour l’animal.

Avec le temps, certaines dents viendront à épuiser leur couronne de réserve et il ne restera plus que la racine cachée dans la gencive. La dent opposée n’est donc plus usée lors de la mastication et aura la possibilité de croître et de devenir « dominante ». Cette dent entravera donc le mouvement normal de la mastication. Ce phénomène de dent « dominante » est surtout détecté chez les chevaux gériatriques, mais il peut également se produire lors d’une fracture dentaire ou lors de la perte d’une dent. Lorsque plusieurs dents sont atteintes, il y aura des hauts et bas sur la même arcade dentaire. On utilise alors le terme « vagues dentaires ». La surface d’occlusion des dents doit être régulière pour favoriser la mastication, sans quoi, les aliments seront moins bien digérés et les nutriments moins bien absorbés. Il peut alors en résulter une perte de poids ou une difficulté à engraisser.

 

Signes cliniques

Malgré des examens dentaires réguliers, votre animal n’est pas à l’abri d’un incident ou d’un changement rapide de sa santé bucco-dentaire. Il est donc important de rester à l’affut des symptômes ci-dessous. Si l’un ou plusieurs de ces signes cliniques apparaissent, communiquez avec votre vétérinaire dans les plus brefs délais!

  • Perte d’aliment lors de la mastication
  • Perte d’appétit pour le grain ou le foin
  • Apparition de « chique » ou « boulette » de foin mastiqué au sol ou dans la mangeoire
  • Tête penchée, lenteur ou comportement anormal lors de la mastication
  • Salivation excessive
  • Perte de poids ou difficulté à engraisser malgré un appétit normal
  • Enflure au niveau de la face
  • Écoulement nasal provenant d’une seule narine
  • Odeur buccale – haleine malodorante
  • Refus ou combativité envers le placement du mors, joue avec le mors
  • Refus ou difficulté à travailler ou tourner d’un côté
  • Présence d’aliments mal digérés dans le crottin
  • Coliques

 

Examen bucco-dentaire et fréquence

Grâce à ses connaissances, à son expertise et à ses outils, votre vétérinaire est le mieux placé pour faire un examen bucco-dentaire complet de votre cheval. Un examen visuel de la bouche, sans aide, peut parfois suffire. Toutefois, il est important de savoir que seules les premières dents (incisives, canines et prémolaires) sont généralement visibles. Dans le cas où cet examen se révèle anormal ou encore, qu’un examen des molaires est nécessaire, l’utilisation de tranquillisation (sédation) et d’un ouvre-gueule s’avèrent essentiels. Un examen visuel et une palpation peuvent alors être effectués afin de vérifier l’intégrité des dents, leur solidité, la présence d’infection, de pointes dentaires, d’usure inégale ou d’ulcère buccal. Il est important de savoir que la sédation est un outil indispensable puisqu’elle permet de réduire le stress engendrée par la procédure en plus de diminuer les risques de blessures pour le cheval et les personnes manipulant l’animal.

Comme plusieurs changements dentaires surviennent chez les chevaux âgés de moins de 5 ans, il est recommandé d’effectuer un examen de la bouche 2 à 4 fois par an. De plus, cette période concorde avec le débourrage et le début de l’entraînement. Il est donc nécessaire de maintenir une bonne santé dentaire afin d’éviter l’apparition de troubles du comportement.

Les chevaux âgés entre 5 et 20 ans devraient, quant à eux, être examinés 1 à 2 fois par an. La fréquence peut être plus élevée si le cheval souffre d’un problème dentaire.

Finalement, les chevaux âgés de 20 ans et plus devraient subir un examen bucco-dentaire 2 fois par an. En effet, plusieurs dents viendront à épuiser leur couronne de réserve, ce qui augmente les risques d’usure inégale des tables dentaires.

ATTENTION! L’examen bucco-dentaire n’est pas synonyme de râpage dentaire. Un bon suivi de la bouche de votre cheval par votre vétérinaire permettra de déterminer quel est le meilleur temps pour intervenir et de quelle façon. Un examen fréquent permettra de diagnostiquer un problème dentaire rapidement, ce qui améliore les chances de réussite du traitement et peut vous éviter des coûts supplémentaires!

 

Dentisterie

Suite à l’examen bucco-dentaire, le vétérinaire peut effectuer plusieurs actions pour améliorer le confort et la fonctionnalité de la bouche de l’animal. La procédure la plus fréquente est le râpage des pointes (aspérités) dentaires, des crochets maxillaires et des rampes mandibulaires à l’aide d’une râpe électrique ou manuelle. De plus, toutes les dents «dominantes » seront râpées pour favoriser le mouvement de la mastication. Dans certains cas avancés, il est possible que la correction nécessite de multiples râpages s’étalant sur plusieurs mois.

Lors d’infection ou de fracture dentaire, le vétérinaire peut extraire la dent atteinte, en partie ou en totalité, par la bouche. Certains cas particuliers nécessitent des outils spécialisés et une chirurgie plus complexe qui pourra être effectuée en centre de référence. Suite à une extraction dentaire, il est recommandé d’effectuer un examen bucco-dentaire deux fois par an, puisque la dent opposée à celle retirée ne sera plus usée lors de la mastication et risque de devenir « dominante ».

Le retrait des dents de loup est une pratique fréquente. Toutefois, ce ne sont pas tous les chevaux qui développeront des problèmes reliés à la présence de ces dents. Discutez-en avec votre vétérinaire lors de l’examen bucco-dentaire de votre poulain.

 

Pratique de la dentisterie équine

Saviez-vous, qu’au Québec, seuls les vétérinaires sont autorisés à diagnostiquer un problème dentaire et à pratiquer la dentisterie équine? Toute personne offrant des services de dentisterie équine et n’étant pas inscrit au Tableau de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec exerce dans l’illégalité et est passible de sanctions. Confier la santé dentaire de votre cheval à une autre personne que votre vétérinaire pourrait donc avoir de lourdes conséquences pour votre cheval ou vous-même. Pour plus d’informations à ce sujet, consultez le lien.

 

Comme vous pouvez le constater, la dentisterie va bien plus loin que la simple détermination de l’âge d’un cheval! Les nouvelles technologies accessibles et une meilleure compréhension des mécanismes de la mastication ont fait évoluer la dentisterie équine et ont ainsi contribué à rallonger l’espérance de vie de nos chevaux.